Cette religion remplit souvent une fonction apologétique: conserver souvenir des totalitarismes pour légitimer l'ordre libéral, occuper les territoires palestiniens pour empêcher un nouvel Holocauste, envahir l'Irak pour ne pas répéter Munich... Mais il est d'autres chemins de la mémoire, plus discrets, parfois souterrains, décidément critiques, qui transmettent le fil des expériences de l'égalité, de l'utopie, de la révolte contre la domination.
Confrontée à un siècle de feu et de sang, la mémoire revendique ses droits sur le passé. Cette émergence de la mémoire a suscité un débat intellectuel, dont Enzo Traverso reconstitue ici les grandes lignes, de Halbwachs à Ricoeur, de Benjamin à Yerushalmi. A l'aide de nombreux exemples tirés de l'histoire du XXe siècle- fascismes, Shoah, colonialisme-, ce livre met en lumière les fils qui relient les différents segments de la mémoire collective, l'écriture historienne du passé et les politiques de la mémoire.
Enzo Traverso est né en Italie en 1957. Maître de conférences en sciences politiques à l'université de Picardie Jules Vernes (Amiens), spécialiste reconnu de l'histoire et de la pensée judéo-allemandes du XXe siècle. Il a publié de nombreux ouvrages, dont : Les Marxistes et la question juive. Histoire d'un débat, 1843-1943 (1990); Les Juifs et l'Allemagne (1992) ; Siegfried Kracauer. Itinéraire d'un intellectuel nomade (1994) ; L'Histoire déchirée. Essai sur Auschwitz et les intellectuels (1997) ; Le Totalitarisme. Le XXe siècle en débat (2001) ; La Violence nazie (2002) et La Pensée dispersée. Figures de l'exil judéo-allemand (2004).