Qu’est-ce qu’un secret et comment se lie-t-il à un appel à la responsabilité ? Pour répondre à ces questions, Jacques Derrida examine d’abord la sémantique du secret à travers divers registres (scientifique, technique, social, politique et religieux), où le secret trouble l’opposition entre le privé et le public. Suivant la généalogie du cryptique ou de l’hermétique dans différentes familles de langues (grecque, latine, allemande), il explore l’histoire et les valeurs culturelles qui lui sont associées (secret d’État ou militaire, secret professionnel, société secrète), analyse la thématique et les « effets » de secret dans certaines œuvre littéraires (notamment celles de Melville, de Baudelaire, de James et de Poe), puis élabore une problématique de la « curiosité » et du « souci » à partir de textes de Freud et de Heidegger.
Explorant trois « logiques » entrelacées du secret (le cogito cartésiano-kantien, le sujet de l’inconscient freudien, l’être-caché de la dissimulation heideggérienne comme vérité), Jacques Derrida s’engage ensuite dans une lecture approfondie du secret abrahamique dans les Essais hérétiques… de Patočka et Crainte et Tremblement de Kierkegaard, où se découvre la figure par excellence du secret comme mort donnée. Il poursuit également le « dialogue fictif », amorcé en 1975-1976 dans son séminaire La Vie la mort, entre Freud et Heidegger au sujet du concept de l’Unheimlichkeit, tout en interrogeant les effets de la pulsion secrétariale à l'œuvre dans son propre enseignement.
Le texte de ce séminaire a été établi par Ginette Michaud et Nicholas Cotton.
Né en Algérie en 1930, Jacques Derrida est l’auteur d’une œuvre monumentale, au centre de laquelle se trouve le concept de « déconstruction » : Derrida réexamine les thèses métaphysiques en supprimant les présupposés de la parole dans la philosophie occidentale. Devenu le philosophe français le plus étudié dans le monde, il meurt à Paris fin 2004.