C’est donc sous l’égide de l’interprétation littéraire qu’il faut lire Le Chien des Baskerville. Non que l’intrigue, les personnages et le décor de ce merveilleux roman policier soient à écarter - mais parce que l’on comprend mieux alors la raison d’un succès,; on comprend mieux les files d’attentes interminables devant les kiosques à journaux, à l’aube du XXe siècle; pour acheter le Strand, où paraissait alors en feuilletons l’ultime aventure de Sherlock Holmes, surgi de ses propres cendres, disparu dans les chutes de Reichenbach en compagnie de Moriarty.
Car Sherlock Holmes, c’est le triomphe de la rationalité sur le fantastique, de la logique sur le fantasme, de la dialectique sur l’absurde : dans une société assommée par le retour à l’ordre moral, Holmes sait l’impossibilité des diableries comme le chien-fantôme. Et semble souscrire à une éthique positiviste, où les faits ont des causes, enchainés par une relation nécessaire et impérieuse.
Cependant, l’extraordinaire intuition dont fait preuve l’enquêteur, tout au long du roman, introduit une note distonale dans l’œuvre. Ce qui meut Holmes, ce n’est pas l’amour de la vérité, mais une sorte de force aveugle, un désir insatiable de puissance et de victoire. Holmes plus fort que Henri de Baskerville, plus doué que le médecin Mortimer, que les ruses du Belzébuth. Holmes en figure victorieuse de l’époque victorienne.
La présente édition reprend celle de l’édition Hachette en 1908, avec une traduction de A. de Jassaud.
Ce livre s’adresse à tous les amateurs de fantastique-philosophique, ce genre inventé par Doyle et si peu mis à l’honneur en ce début de XXIe siècle.
Écossais, médecin, grand voyageur et remarquable sportif, Sir Arthur Conan Doyle (1859-1930) est le père de deux magnifiques personnages : Sherlock Holmes (1887) et le professeur Challenger (1892).