Ces questions sont travaillées par Jacques Derrida à travers des lectures croisées de grands textes classiques (de la Bible, de Sophocle ou de Platon – et surtout du fameux article de Kant sur le droit cosmopolitique à l’hospitalité universelle dans Vers la paix perpétuelle) et modernes (de Heidegger, de Benveniste sur l’ipséité ou sur le rapport hospes/hostis, d’Arendt sur le déclin de l’État-nation, de Roberte ce soir de Klossowski), mais aussi à propos de débats en cours au sujet de l’immigration ou du droit d’asile en France et en Europe. La réflexion préliminaire de Derrida dans cette première année de son séminaire « Hospitalité » est structurée par la distinction rigoureuse, quoique sans opposition, entre deux logiques hétérogènes qui risquent toujours de se pervertir l’une l’autre : celle d’une hospitalité stricte et conventionnelle (toujours finie, conditionnelle et subordonnée à la maîtrise du chez soi ou de l’ipséité) et l’idée d’une hospitalité inconditionnellement ouverte à l’arrivant.
Séminaire établi par Pascale-Anne Brault et Peggy Kamuf.